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Les Djinns Op.12
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Partition

Sur les 15 strophes que comporte ce célèbre poème de Poème de Victor Hugo (1802-1885) tiré des Orientales (n°28), Fauré a choisi d’en omettre 4 (en italique ci-dessous) tout en respectant le crescendo / decrescendo si caractéristique du poème.

- Murs, ville
- Et port,
- Asile
- De mort,
- Mer grise
- Où brise
- La brise
- Tout dort.

- Dans la plaine
- Naît un bruit.
- C’est l’haleine
- De la nuit.
- Elle brame
- Comme une âme
- Qu’une flamme
- Toujours suit.

- La voix plus haute
- Semble un grelot.
- D’un nain qui saute
- C’est le galop.
- Il fuit, s’élance,
- Puis en cadence
- Sur un pied danse
- Au bout d’un flot.

- La rumeur approche,
- L’écho la redit.
- C’est comme la cloche
- D’un couvent maudit,
- Comme un bruit de foule
- Qui tonne et qui roule
- Qui tantôt s’écroule
- Et tantôt grandit.

- Dieu ! La voix sépulcrale
- Des Djinns !... - Quel bruit ils font !
- Fuyons sous la spirale
- De l’escalier profond !
- Déjà s’éteint ma lampe,
- Et l’ombre de la rampe...
- Qui le long du mur rampe,
- Monte jusqu’au plafond.

- C’est l’essaim des Djinns qui passe,
- Et tourbillonne en sifflant.
- Les ifs, que leur vol fracasse,
- Craquent comme un pin brûlant.
- Leur troupeau lourd et rapide,
- Volant dans l’espace vide,
- Semble un nuage livide
- Qui porte un éclair au flanc.

- Ils sont tout près ! - Tenons fermée
- Cette salle ou nous les narguons
- Quel bruit dehors ! Hideuse armée
- De vampires et de dragons !
- La poutre du toit descellée
- Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
- Et la vieille porte rouillée,
- Tremble, à déraciner ses gonds.

- Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure !
- L’horrible essaim, poussé par l’aquillon,
- Sans doute, o ciel ! s’abat sur ma demeure.
- Le mur fléchit sous le noir bataillon.
- La maison crie et chancelle penchée,
- Et l’on dirait que, du sol arrachée,
- Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
- Le vent la roule avec leur tourbillon !

- Prophète ! Si ta main me sauve
- De ces impurs démons des soirs,
- J’irai prosterner mon front chauve
- Devant tes sacrés encensoirs !
- Fais que sur ces portes fidèles
- Meure leur souffle d’étincelles,
- Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
- Grince et crie à ces vitraux noirs !

- Ils sont passés ! - Leur cohorte
- S’envole et fuit, et leurs pieds
- Cessent de battre ma porte
- De leurs coups multipliés.
- L’air est plein d’un bruit de chaînes,
- Et dans les forêts prochaines
- Frissonnent tous les grands chênes,
- Sous leur vol de feu pliés !

- De leurs ailes lointaines
- Le battement décroît.
- Si confus dans les plaines,
- Si faible, que l’on croit
- Ouïr la sauterelle
- Crier d’une voix grêle
- Ou pétiller la grêle
- Sur le plomb d’un vieux toit.

- D’étranges syllabes
- Nous viennent encor.
- Ainsi, des Arabes
- Quand sonne le cor,
- Un chant sur la grève
- Par instants s’élève,
- Et l’enfant qui rêve
- Fait des rêves d’or.

- Les Djinns funèbres,
- Fils du trépas,
- Dans les ténèbres
- Pressent leur pas ;
- Leur essaim gronde ;
- Ainsi, profonde,
- Murmure une onde
- Qu’on ne voit pas.

- Ce bruit vague
- Qui s’endort,
- C’est la vague
- Sur le bord ;
- C’est la plainte
- Presque éteinte
- D’une sainte
- Pour un mort.

- On doute
- La nuit...
- J’écoute : -
- Tout fuit,
- Tout passe ;
- L’espace
- Efface
- Le bruit.